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Wednesday
Jun032009

Rue Royale

Voir ici sur Google Street.

La rue Royale est cette rue qui relie la place de la Madeleine à la place de la Concorde. Les riverains sont essentiellement des bijoutiers et des joailliers. Une exception cependant, et de taille : Maxim’s, ce restaurant-café-musée-bar-hôtel-résidence qui fut le centre culinaire et social de Paris à la Belle Époque (et qui fut aussi à l’origine d’un agréable navet mettant en scène Galabru). Cette enseigne occupe maintenant tout le rez-de-chaussée d’un immeuble de belle taille – la façade faisant au moins quatre cents pas…

Mais ce qui fait – et a fait – le charme de la rue Royale ne sont pas ses locataires actuels mais son unité et son histoire.

À l’origine (1748), la place de la Concorde fut construite pour célébrer le rétablissement miraculeux de Louis XV, dit le Bien-Aimé, lequel s’était trouvé si mal en point à Metz, où il s’était rendu diriger ses armées dans la guerre de succession autrichienne, que la France entière le cru perdu. Il ne mourut point cependant, aussi décida-t-on de fêter dignement l’événement en construisant quelque chose de mémorable.

Or, à Paris, qui dit “mémorable” sous-entends toujours “inédit et grandiose”…

Dix-neuf architectes présentèrent leur projet. On estima la faisabilité de chacun, on supputa leur portée, on tergiversa un peu… Puis on choisit le projet de M. Ange-Jacques Gabriel , qui prétendait qu’en construisant une esplanade tout au bout du jardin des tuileries (qui est lui-même dans la prolongation du Louvres), on eut pu dynamiser l’urbanisation de cette partie de Paris nommée faubourg Saint-Honoré.

Il n’avait pas tort, Ange-Jacques ! Aujourd’hui, il s’agit de l’un des quartiers les plus luxueux de Paris…

Toujours est-il qu’on construisit une place Royale à cet endroit. L’allée qui relie l’église de la Madeleine à la place Royale – la rue Royale – fut construite en fonction d’un plan architectural qui fut respecté en tous points. Les façades, encore aujourd’hui, sont superbement pareilles et agréablement classiques. L’unité qui s’en dégage rappelle celle de la place des Vosges. Elles deux me semblent uniques à Paris.

Cela dit, le dessin ci-dessous n’est hélas pas dans le tronçon dont je parle ci-dessus (ce dernier ne couvrant que la moitié de la rue environ).

Mais les couleurs sont jolies…

Ancien nom de cette rue de 282 m de long et large de 22 mètres 80 jusqu’à 43 mètres :

  • Chemin des Remparts (vers 1600) – cette rue longeait l’enceinte de Louis XIII, d’où le nom.
  • Chemin des fossés-des-Tuileries (1714).
  • Rue Royale-des-Tuileries (1768).
  • Rue de la Révolution (1792).
  • Rue de la Concorde (1795).
  • Rue Royale-Saint-Honoré (1814).

Anecdotes :

  • Une partie important des habitations furent incendiées sous la Commune. Note : la Commune est cette période où une poignée de révolutionnaires  voulurent prendre Paris dans leurs lacs en 1871 en faisant basculer un gouvernement pourtant élu au suffrage universel (les révolutionnaire de tout poil n’ont pas attendu Castro pour s’autoproclamer seuls possesseurs de la Vérité…). Cette période ne dura heureusement que quelques mois – elle fut rapidement résorbée.
  • Philippe de Girard habita le n°1 de cette rue. Cet homme inventa un procédé révolutionnaire (le mot était alors à la mode…) pour tisser le lin. Napoléon, qui voulait s’affranchir des Anglais autant que faire se pouvait, avait promis un millions de francs à quiconque parvenait à révolutionner le tissage du lin. Las, la révélation de l’invention de Girard tomba assez précisément avec celle de la chute de l’Empereur ! Aussi ne trouva-t-il de débouchés à son invention qu’à l’étranger (en Pologne, plus précisément). Aujourd’hui, selon Wikipedia, on trouve une rue et un collège à son nom à Paris et deux lycées (polyvalentes) à Żyrardów (Pologne) et Avignon.
  • Au n°3, curieuse histoire : l’un des premiers propriétaires de ces lieux fut le duc Armand-Emmanuel de Richelieu. Or, ce dernier émigra vers 1789 (pour fuir la révolution, sans doute) en Russie et y obtint le titre de gouverneur de l’Odessa (ville portuaire ukrainienne) jusqu’en 1814, soit pendant près de 25 ans. En 1789, quand même, émigrer aussi loin, fallait le faire…
  • Même adresse : Maxim’s. C’est en 1891 que Maxime Gaillard fonde ici un restaurant qui est appelé à un bel avenir. Maxime Gaillard n’est alors qu’un employé dans un bar situé au 25 de la rue Royale (un peu plus haut, même coté). Il rachète cette place d’autant moins chère que le proprio précédent avait affiché des drapeaux allemands, ce qui avait fait péricliter ses affaires. La collaboration, en France, n’a jamais été un bon placement... (Ou en tout cas, la collaboration avec ceux qui perdent :-)
  • Mme de Staël habita le premier étage du n°6 en 1816. Elle était alors fort malade et mourut l’année suivante (51 ans) quelques rues plus loin (rue des Mathurins). Mme de Staël était moderne : son second mariage la lia à un officier de vingt ans plus jeune qu’elle !
  • Henry Creed, une marque de luxe anglaise, est née au n° 7 : Henry Creed, qui y habitait était alors le maître-tailleur du Prince impérial. C’était il y a 300 ans  et ses héritiers se disputent toujours les retombées !
  • Numéro 21 – le café Weber, fondé en 1878, reçu des gens que nous connaissons encore : Daudet, Debussy, Curnonsky (le cuisinier) et Proust. Belle brochette.
  • Finalement, point d’orgue, le 24 fut habité vers 1900 par cet excellent Alphonse Allais, dont le nom de mon site précédent était justement inspirer de l’un de ses livres…

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