Rue St-Julien-le-Pauvre, Paris.
Saturday, March 28, 2009 at 04:31AM |
Post a Comment Voir ici sur Google Street. Note : retournez-vous, Notre-Dame est derrière.
Cette rue fait face à Notre-Dame. Elle doit son nom à une église qui existe toujours et qui fut érigée au VIe siècle (pour vous rafraîchir la mémoire, le VIe siècle date quand même un peu : c'était encore l'époque où les Perses mettaient la raclée aux Mésopotamiens tous les dimanches, sauf jours de pluie !). Voir l'église Saint-Julien-le-Pauvre ici sur Google Street. (note : Google Street n'est pas encore parfait - suivre le lien, prendre la première rue à gauche et c'est là, tout de suite à droite).
Cette église était là il y a 1 500 ans, soit 1 000 ans avant la découverte du Nouveau-Monde... C'est plus de 50 générations, ça !
Elle a été construite sur l’une des routes les plus importantes de l’ère romaine (actuelle rue Saint-Jacques). Pour mémoire, la ville romaine se situait au sud de l'Ile de la Cité. Les Termes de Cluny et le quartier latin marquent à peu près ses limites nord. L'un des sites les plus intéressant à ce propos est Paris, ville antique. Ce site est entretenu par la ville de Paris et montre bien l'emplacement de la ville romaine qui précéda Paris. J'espère qu'ils laisseront longtemps ces informations en ligne. Dans l'intervalle, je leur pique une carte à laquelle j'ai ajoutée quelques indications :
À noter :
- La longue rue qui traverse la ville de part en part est la rue St-Jacques.
- Le Paris de maintenant n'était alors qu'une île un peu lointaine et vaguement habitée. Les Romains préféraient avoir les pieds au sec, aussi s’installèrent-ils sur la montagne Sainte-Geneviève (colline où se trouve le Panthéon).
- La Bièvre a été enterrée il y a longtemps. Seul le tracé et le nom de quelques rues (rue de la Bièvre, par exemple) en gardent le souvenir.
L’église Saint-Julien-le-Pauvre serait situé un peu plus haut et à droite des Termes de Cluny sur cette carte.
Et pourquoi l’avoir nommée Saint-Julien-le-Pauvre ? L'histoire est un peu longue mais parfaitement digne d'une belle légende, avec des innocents qui meurent, des assassins repentis, et Dieu qui pardonne dans une belle finale comme lui-seul sait les goupiller. Je narre :
Un jour que Julien, jeune homme riche et noble, chassait un cerf, ce dernier s'arrêta et lui dit: « Toi qui me suys, tu occiras ton père et ta mère ». La vache ! Frappé d'entendre un cerf parler et, de plus, lui tenir un propos pareil, Julien quitta sa famille, son logis, sa province et s'exila. Là où il se fixa, il gagna l'estime du roi qui lui donna château et épouse (bon, ça, c'est la partie de la légende où tout le monde met un doigt sous son œil, mais c'est comme ça - poursuivons : ).
Ses parents le recherchèrent ; ils finirent par retrouver sa trace et arrivèrent chez lui un soir où il n'était pas encore rentré d'une chasse. Leur belle-fille, à qui ils se firent connaître, leur ménagea le meilleur accueil et, comme ils étaient harassés et fourbus, les fit coucher dans le lit conjugal pendant qu'elle partait à la recherche de son époux. Celui-ci rentra avant que sa femme ne l'ait rencontré: trouvant deux étrangers couchés dans son lit, il entra dans une grande colère et les tua de son épieu. Peu après, sa femme lui apprenait qu'il venait de tuer son père et sa mère !
La prédiction du cerf s'était réalisée. Désespérée, Julien s'exila à nouveau, renonça à toutes richesses et décida de se faire le serviteur des malheureux afin de gagner le pardon de Dieu. Sa femme le suivit. Ils s'installèrent dans une hutte près d'une rivière et vécurent là aussi pauvres que secourables. Un soir, un lépreux entra, demanda d'abord l'hospitalité et ensuite à être transporté de l'autre coté de l'eau. Julien fit en tout le nécessaire. Et alors que lui et sa femme manœuvraient les rames de la barque, ils virent la tête du lépreux se nimber d'une auréole, le lépreux était le Christ, venu apporter à Julien la rémission de ses péchés.
Aussi est-il logique de voir dédier à Saint-Julien-l'Hospitalier (ou Saint-Julien-le-Pauvre) la chapelle d'un hospice pour pèlerins, étrangers et voyageurs pauvres, édifiée à ce carrefour au VIe siècle. Grégoire, le saint évêque de Tours, descendait là au cours de ses voyages à Paris (en particulier en 587 où il y chanta une messe de minuit [dont on se souvient encore chez les très vieux]). Hospice et chapelle disparurent lors de l'invasion des Normands et des combats du Petit-Pont, en 886.
C'est pas une belle légende, ça ?
J'rigole, comme dirait Borat, mais j'apprécie la morale qui s'en dégage : aidez votre prochain et aucun coup du sort ne saura avoir raison de vous. Bel humanisme.


Reader Comments